Hervé Di Rosa à La maison rouge > Il a fait ce qui lui plaisait. Et ça vous plaira aussi !

La maison rouge > Du 22 octobre 2016 au 22 janvier 2017

Pour la troisième fois, La maison rouge invite un artiste à mettre en regard son travail avec les œuvres ou les objets qu’il a collectés ou collectionnés. C’est du lourd, cette fois-ci, car Hervé Di Rosa est un très sérieux collecteur et collectionneur. Artiste aussi, bien sûr.

  • Hervé di Rosa statufié

Comprendre une façon de faire

« Pendant trente ans, j’ai voulu être capable de cela : appartenir 
à une sorte de communauté d’artisans, d’ouvriers ».

À parcourir le monde en tant d’étapes, Hervé Di Rosa a rencontré des artistes et des artisans pour
 leur savoir-faire et en a tiré des « œuvres-carrefours » qui se posent au cœur des échanges et des dialogues entre cultures. « Pendant trente ans, j’ai voulu être capable de cela : appartenir 
à une sorte de communauté d’artisans, d’ouvriers. Le travail de la nacre au Vietnam, la terre cuite au Mexique, les peintres d’enseignes au Ghana, les tisserands à Durban, les bronzes à Foumban… Finalement les œuvres ne sont que ce qui reste, les scories du projet artistique. Le véritable
 projet est de comprendre une façon de faire. Je veux que la pratique de l’autre intervienne dans mon propre travail, transforme mes propositions ». Les pérégrinations d’Hervé Di Rosa, qu’il nomme
 étapes, brouillent les pistes. Elles se placent 
sur un autre plan que la critique artistique idéologique qui affecte à toute démarche vis-à-vis des autres cultures des racines colonialistes 
et des présupposés post-colonialistes.

 

Une vaste palette de pratiques

« En quelque sorte, les œuvres réalisées au cours de mes étapes autour du monde tendent à devenir collectives  »

La démarche nécessite ici de trouver des artistes
 et artisans locaux, ce qu’une ethnographie un peu méprisante nomme des « facteurs », c’est à dire ceux qui font. Une fois les œuvres repérées, il s’agit de savoir comment elles sont faites et c’est une nouvelle carte des savoir-faire qui se dresse. Ils sont également choisis en dehors des modes, du marché qui porte telle photo africaine ou telle peinture aborigène 
au pinacle. En allant sur le terrain de certains types d’œuvres, Hervé Di Rosa déroute car elles manquent souvent de considération dans le champ artistique. Qui s’intéresse aux icônes et à la techniqu e
de la tempera et du fond à la feuille d’or, aux tissus appliqués, à la fresque… Venu de l’animation,
 de la culture rock et des comics, cette passion 
pour la technique de la peinture doit se comprendre dans une vaste palette de pratiques qui fascinent Hervé Di Rosa. Mais sa démarche va plus loin,
 car non seulement il expérimente et remet à jour des pratiques, mais il travaille en symbiose avec 
les artistes. Sans arrière-pensée idéologique ou posture pseudo-humaniste dont il se défend : 
« Le travail que je fais n’a rien à voir avec
 la générosité. Il est plutôt ancré dans une réalité, convaincu que je suis de la nécessité d’utilise r
ce que le monde génère, toutes les images produites, dans leur diversité et leur richesse.
 En quelque sorte, les œuvres réalisées au cours de mes étapes autour du monde tendent à devenir collectives7. » L’enjeu d’Hervé Di Rosa avec
 les autres artistes est celui d’une co-création. 
À l’inverse de l’artiste faisant réaliser des marbres savants à partir d’une esquisse par un « praticien- sculpteur », Hervé Di Rosa cherche dans cette interaction une liberté que les projets communs ont la réputation de brider. L’autre main infléchit la sienne et ce bougé le déplace vers une sorte de liberté inattendue que la trop savante maîtrise ou le danger de se répéter empêchent. Yves Le Fur (texte publié dans le catalogue de l’exposition)

La Maja Victoria

La Maja Victoria

NOTRE AVIS

C’est une exposition labyrinthique qui vous est proposée et qui aura pris trois ans à Hervé Di Rosa à la peaufiner pour tout dire ce qu’il pense du principe de la création artistique. Vous devez savoir que vous sont présentées des œuvres d’Hervé Di Rosa, d’autres qu’il a fait en communauté et enfin d’autres qu’il a achetées, collectionnées ou qui lui ont été offertes. Hervé Di Rosa dit toujours qu’il n’est pas un intellectuel. En fait, rien n’est moins sûr. En tout cas, il a parfaitement organisé son propos. L’exposition n’est pas chronologique, mais on retrouve ici l’ensemble de son odyssée personnelle, issue directement de ses incessants voyages.

De Tunis à Lisbonne, en passant par…

En 1989,
 à Tunis, il réalise dans un atelier publicitaire deux sérigraphies de ses personnages René et Raymond. 1993, séjour à Sofia où il s’initie aux techniques classiques de l’icône bulgare et au Ghana (Kumasi) où il apprend les techniques de peinture d’enseignes africaines. 1995, séjour au Bénin où il réalise une série
 « d’appliqués » (tissus cousus selon la pratique traditionnelle des tisserands des anciens rois d’Abomey) et au Vietnam (Binh Duong) chez un maître laqueur. 1996, voyage en Ethiopie (Addis Abeba) où
il peint selon la technique locale sur des peaux de zébu ou d’agneau. 1997, apprentissage de la technique a fresco
 à Patrimonio en Haute-Corse et voyage en Afrique du Sud où il réalise des vanneries en câbles 
de téléphone telles qu’en font les artisans zoulous. Suivront l’Afrique du Sud, le Mexique, la Floride, le Cameroun, Israël et La Réunion. Depuis 2013, Hervé Di Rosa se partage entre Lisbonne et Paris. Une exposition qui peut s’avérer une cruauté pour les enfants qui sont interdits de toucher. Mais le message d’Hervé Di Rosa passe bien. Celui de la liberté de création et de son partage. On en rêvait, Hervé Di Rosa l’a fait.

Hervé Di Rosa et les arts modestes. Plus jamais seul.
Exposition temporaire du 22 octobre au 22 janvier 2017. La maison rouge, 10, boulevard de la Bastille, 75012 Paris.. Ouverture du mercredi au dimanche : de 11 h à 18 h. Entrée : 10 € . Tél : 01 40 01 08 81. Site Web : lamaisonrouge.org

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