Festival Ars Electronica 2016

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Linz, ville autrichienne très branchée, a misé sur l'art actuel, les sciences et la technologie. Son festival Ars Electronica s’est tenu en septembre dernier. Linz a pulsé grave.

Tout débuta le 18 septembre 1979 avec une poignée d’hurluberlus, soit une vingtaine d’artistes et de scientifiques chapeautée par un quatuor tout aussi azimuté : Hannes Leopoldseder et Hubert Bognermayr, pionniers de la musique électronique accompagnés du cybernéticien/physicien Herbert W.Frank et du producteur de musique Ulrich Rützel. Le Festival Ars Electronica vient de faire ses premiers pas. 37 ans plus tard, ce haut lieu annuel de la technophilie et de la numérisation « arty » à tout crin regroupa cinq jours durant 842 artistes,  scientifiques, ingénieurs, techniciens, concepteurs, militants sociaux et près de 380 associés sous formes de partenariats et de mécénats privés. Que pouvait-on découvrir dans une telle ambiance scandée par une avalanche de sons technoïdes, une déferlante de drones et de robots, un défilé d’expériences chimiques et écologiques, une myriade d’Open Labs (laboratoires interactifs) et de gastronomie bio ainsi qu’une multitude d’interventions de concepteurs obsédés par les mystères insondables de l’univers.

L’intervention du drone, symbole aérien piloté depuis son fauteuil les pieds sur terre, titille par contre de plus en plus l’intérêt de nombreux collectifs tels que Nano-racing, voire en format XXL dans de gigantesques structures comme Drone 100 – Spaxels over Linz  capable d’assurer un show nocturne grandiose (100 000 spectateurs) à l’aide d’une escouade de 100 drones de petites tailles équipés de LED multicolores effectuant une majestueuse chorégraphie sur la rive nord du Danube. Outre son usage militaire, ce nouvel outil aérien développe, selon Anil Valène, directeur général d’Intel Drones, « une importante plate-forme informatique pour l’avenir ». Une ambigüité toutefois soumise à des réglementations très strictes lorsqu’il est employé pour son usage personnel. Autre événement de taille à vous décoller la rétine : le Deep Space. Une simulation en 3D projeté sur un mur de 16 mètres de long et 9 de haut au Ars Electronica Center, bâtisse construite sur la rive sud du Danube en 1996 et entièrement consacrée à l’ingénierie, aux sciences et à l’art. Le Deep Space, comme son nom l’indique, nous invitait à pénétrer dans les profondeurs de notre galaxie.

Recherche et expérimentation

Pour Andreas Bauer, directeur artistique au Ars Electronica Center, « Linz entretien une longue tradition avec l’industrie, les arts et les sciences. Beaucoup d’artistes, d’ingénieurs, de scientifiques ont entrepris de travailler ensemble au cours de ces dernières décennies. Bien sûr, cette ville possède une histoire en grande partie basée sur l’industrie, d’où une affluence importante d’entreprises et de projets liés à la recherche. Mais Linz permet aussi cette porosité entre les différentes communautés artistiques et industrielles grâce à un judicieux système de subventions et d’espaces mis à la disposition des chercheurs. » La pléiade d’événements disséminés dans la ville offrait la possibilité d’une promenade artistico-topographique des lieux. Elle débutait à PostCity où étaient implantés les bureaux du festival et une grande majorité des artistes sur plus de 80 000 m² susceptible d’accueillir les performances les plus extravagantes : vols de drones, concerts électro et symphoniques, labos expérimentaux, cultures bio et autres expériences virtuelles. Elle se poursuivait au cœur du quartier historique et culturel (OÖkulturquartier) dans lequel le Höhenrausch proposait une féerique exposition sur les anges. Une tour construite en bois, d’où surgissait au sommet une réplique en acier de la victoire de Samothrace du sculpteur Haus Rucker, permettait au visiteur de surplomber le centre ville. Le Kunstuniversität (l’université d’art de Linz) était devenu un terrain de jeux interactifs regroupés sous le terme de Create your world , puis avait invité sur son campus des artistes de l’université de Tsinghua (Shangaï). Une belle tentative virtuelle de refaire le monde. Même la Ste. Mary’s Cathedral succomba au charme électro-numérique de ce festival truffé de surprises et de découvertes. Quant au Lentos Kunstmuseum, inclus au programme d’Ars Electronica, c’est à l’artiste peintre  française Béatrice Deux qu’il dédiait ses cimaises. Bravo à tous ces alchimistes du 21ème siècle réunis sous le ciel de Linz chargé du chant des atomes et orchestré par le rythme de l’expérimentation et de la recherche.

Harry Kampianne
(extraits du texte publié le N° 33 / 2016 de La Gazette de Drouot)

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