Soulèvements

 

soulevements-couvertureSOULEVEMENTS
> Collectif avec introduction et essai principal de Georges Didi-Huberman, commissaire de l’exposition éponyme au Jeu de Paume de Paris. Jusqu’au 15 janvier 2017.
Gallimard
432 pages / 49 € / 300 illustrations

NE RIEN CONCLURE
Le Jeu de Paume a confié la totalité de ses espaces au philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman pour une exposition réunissant à la fois des œuvres anciennes et contemporaines. L’exposition Soulèvements est une interrogation sur la représentation des peuples, au double sens, esthétique et politique. Comme pour l’exposition « Atlas », Georges Didi-Huberman s’appuie sur le travail historique et théorique qu’il mène depuis quelques années en parallèle d’une série d’ouvrages intitulés L’Œil de l’histoire. Soulèvements  est une exposition transdisciplinaire sur le thème des gestes humains qui soulèvent le monde ou se soulèvent contre lui : gestes collectifs ou individuels, gestes d’actions ou de passions, d’œuvres ou de pensées. Ce sont des gestes qui disent « non » face à un état de l’histoire considéré comme trop « pesant » et qu’il faut donc « soulever », si ce n’est envoyer balader… Ce sont aussi des gestes qui disent oui à quelque chose d’autre : à un monde désiré meilleur, un monde imaginé ou esquissé, un monde autrement vivable ou pensable. Les figures du soulèvement sont déclinées sans hiérarchie de médiums : peintures, dessins, gravures, installations vidéographiques, photographies, films de fiction, images documentaires, manuscrits d’écrivains, tracts, affiches, etc. Le parcours de l’exposition suit un cheminement dans lequel le regard peut se focaliser sur des « cas » exemplaires traités avec précision, afin d’échapper à tout regard généralisateur. Le souci est de ne rien conclure, de ne rien clore dogmatiquement. Cela à travers cinq grandes parties : éléments, gestes, mots, conflits et désirs.

www.artactuel.paris > NOTRE AVIS.
Sur la couverture, un détail d’une photographie de Gilles Caron : manifestations anti catholiques à Londonderry, 1969. Le ton est donné. Autour de cette notion, donc, de soulèvement et prise sous différents angles philosophiques, faisons un tour d’horizon des différentes options d’illustration choisies. Nous commencerons avec ces estampes de Goya dont celle d’une femme allumant la mèche d’un canon. Désastres de la guerre.  Une espadrille marchant sur une croix gammée ou comment écraser le fascisme par Pere Català Pic.Cette maison qu’on va détruire avant qu’elle ne soit détruite. Imagination de  Tsubasa Kato. Le tout pour cette première partie, intitulée par éléments (déchaînés).  Pour Par gestes (intenses), nous avons aimé l’énigmatique Valeska Gert, Olé de Lisette Model, l’époustouflante Femme au drapeau de  Tina Mondotti,. Et que dire de toute l’intensité de cette ouvrière  de feu, Rose Zehner, haranguant ses compagnes lors d’une grève aux usines Javel-Citroen, en 1938. La signature de Willy Ronis. Autre étonnante image, celle de trois manifestants des Black Panthers, l’hiver à Chicago, 1969, prise par Hiroji Kobota. Pour le chapitre 3, Par mots (exclamés), retenons cette photo calligraphiée, Portrait d’Herwat Walden à Bonset, 1921, oeuvre de Raoul Hausmann ; cette technique mixte d’Asger Jorn, 1957, intitulée  Fin de Copenhague ; et en point d’orgue, cette composition de Sigmar Polke, Contre les deux superpuissances – Pour une Suisse Rouge. Chapitre 4, Par conflits embrasés : Carnaval sanglant, 1915 de Georg Grosz ; Révolution , 1918, par Hans Richter ; La colonne Vendôme après sa chute, 1871, étonnante image de Raoul Girardet ; et bien d’autres photos de barricades, d’assassinats et de manifestations signées Agusti Centelles, Manuel Alvarez Bravo ou Dmitri Kessel. Chapitre 5, Par désirs (indestructibles) : nous optons pour Graffitis de prisonniers sur les murs de la prison allemandes de  de la rue Merlin à Athènes, 1944, par Voula Papaioannou ; Chiapas 7 (marche 2001) de Mat Jacob. Nous terminons avec une autre marche, celles de petits groupes de migrants à la frontière gréco-macédonnienne,,  le 14 mars 2016, signée Maria Kourkouta. Quand un catalogue d’exposition joue à la fois sur la puissance des mots et le choc des photos. Et le réussit.

 

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