Topographie de l’art > Dendromorphies

laurentperbos

La forêt fantastique et colorée de Laurent Perbos.
Floride
(au second plan), 2016 et L’arbre qui pleure (détail), 2009.

« Dendromorphies – Créer avec l’arbre » se veut un ajout aux nombreuses expositions consacrées ces dernières années, de par le monde, au thème de l’arbre, en milieu fermé comme en pleine nature. L’arbre, aujourd’hui, mobilise de manière intense le champ de l’art contemporain. Sous le commissariat de Paul Ardenne. Une exposition présentée à la Topographie de l’art, Paris.
Exposition du 26 novembre au 11 janvier prochain.

katakani

Abdul Rahman Katani, 2016,  Série jardin d’Oliviers.
Tronc d’olivier, socle, fil de fer barbelé.

Vous avez dit l’arbre ?

L’arbre ? Citons, pour éclairage, l’encyclopédie libre Wikipédia, à l’article « Arbre » : « Les arbres jouent un rôle majeur dans le fonctionnement écologique terrestre en raison de leur capacité à stocker le carbone, à prendre une part active dans le cycle de l’eau et de manière générale à constituer les écosystèmes complexes que sont les forêts, sources et refuges de biodiversité. Ils constituent aussi pour les sociétés humaines une ressource considérable de matériaux (principalement du bois), de denrées (notamment des fruits) et de multiples services. Ils occupent dans presque toutes les cultures du monde une place réelle et symbolique importante. » La poétique écologique a ses fétiches, dont l’arbre – comme l’eau, ou encore l’air – est une composante essentielle. L’art et l’arbre, de tout temps, ont fait bon ménage, du fait notamment de la symbolisation tous azimuts dont cette création de la nature a instamment fait l’objet. L’arbre du Paradis, sur lequel pousse la pomme que vont manger Adam et Ève ; l’arbre de Jessé ; le frêne Yggdrasil des anciens Nordiques ; l’olivier au rameau symbole de paix ; le chêne des druides gaulois ; le pipal dans la culture bouddhiste ; l’arbre de vie…

Les artistes choisis et leurs démarches

Dendromorphies – Créer avec l’arbre choisit la diversité. Le rapport qu’y entretiennent les artistes avec l’arbre est multiple et protéiforme – à l’image en vérité de notre culture, celle de l’opinion, de la détermination personnelle, de l’expérimentation ou de la célébration privées. La malléabilité du thème de l’arbre, intense, permet cette ouverture sans la freiner ou la contenir. Tel(le) artiste privilégiera, abordant le thème de l’arbre, la notion classique de l’« arbre de vie » (Sara Conti), en y greffant au besoin les obsessions de sa propre création (Clorinde Coranotto, Iris Crey, Aurélie Gravas). Tel(le) autre, inclinant à célébrer la beauté plastique de l’arbre, son fonctionnement, sa capacité à investir notre imaginaire, en donnera des déclinaisons flatteuses (Laurent Perbos) ou riches d’inspiration symbolique (Patrick Van Caeckenbergh). Certains ont à coeur le thème de l’enracinement (Askhat Akhmedyarov, Abdul Rahman Katanani), d’autres, celui de l’omniprésence (Persijn Broersen & Margit Lukács, Thomas Lévy-Lasne) quand d’autres encore s’inscrivent dans un processus écologique de recyclage (Laurent Tixador), de multiplication (Ackroyd & Harvey) ou d’alchimie biologique (Sam Van Aken). L’arbre, pour solde de tout compte, s’érige au rang de figure de gloire. On lui attribue le pouvoir de la parole (Sean Capone), on lui dresse des sculptures totémiques (Fabrice Langlade), on déplore sa surutilisation orientée à des fins spéculatives par le capitalisme mondialisé (Khvay Samnang).

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Clorinde Coranotto, Autopsie d’une déception amoureuse, 2016. Technique mixte.

www.artactuel.paris > Notre avis

Beaucoup de monde à l’occasion du vernissage de cette exposition thématique, autour de la création autour de l’arbre, mais aussi , par extension, sur la nature. Un excellent niveau sur le plan général. Avec une sélection d’artistes qui ont utilisé tout un ensemble de techniques. En position centrale de cette monstration, L’arbre qui pleure de Laurent Perbos attire toute l’attention. Un arbre coloré, réalisé avec une juxtaposition de… tuyaux d’arrosage. Toujours dans ce même décalage, il présente aussi son palmier Floride et ses frites de piscine et qu’on a pu voir à la fondation Datris de L’Isle-sur-la-Sorgue, cet été. Nous avons aussi remarqué  les Souches  de Fabrice Langlade, voulues par l’artiste comme des sortes de fantômes. Dans une toute autre approche, Abdul Rahman Katanani nous propose sa série Oliviers, avec son tronc naturel mutilé et ses branchages réalisés avec des fils de fer barbelés. De loin, l’ensemble est très esthétique. Lorsqu’on s’approche, le message se fait prenant et nous rappelle que le jeune artiste libanais est né dans le camp de Sabra, à Beyrouth. Très étonnant, aussi le subtil travail de Clorinde Coranotto pour son tondo  Autopsie d’une arborescence amoureuse, dessin sur papier d’aluminium souple. Beaucoup de poésie, d’humour et d’audace avec la série Genesi. Dessins d’abord réalisés sur ordinateur, imprimés ensuite sur papier et retravaillés au scalpel. Quand la lame redonne de l’âme à cette oeuvre.

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Sara Conti, Série Genesi, 2016. Collage papier sur mur.

Topograhie de l’art, 15 rue de Thorigny ,75003 Paris. T. 01 40 29 44 28. Site Web :  www.topographiedelart.com 

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