Magritte

 

magritte-mazenodMAGRITTE
> Par Bernard Mercadé
Citadelles & Mazenod
Relié sous coffret

328 pages / 330 illustrations couleur /235 €

UN PANORAMA

René Magritte est sans doute l’artiste qui, au 20e siècle, a assumé avec le plus de rigueur une position en rupture avec le lyrisme et le romantisme, qu’il qualifie lui-même de conformisme tactique. Une grande part de son travail s’efforce en effet de retourner contre eux-mêmes les fondements rhétoriques de la peinture. Prenant les mots et les choses au piège de leurs agencements logiques et sémantiques réciproques, il a la volonté d’utiliser la peinture à des fins qui ne sont pas celles de la peinture. De la même manière, il se sert de la convention contre la convention, du mot contre la signification (c’est-à-dire l’arrogance du sens logique) et de l’image contre la représentation (c’est-à-dire sa prétention à se substituer à tout). À l’instar des anarchistes du 19e siècle, se banalisant à l’extrême, pour participer à la mise à feu de la société bourgeoise, tout se passe en effet comme si Magritte passait au travers des murailles de la convention, pour mieux attenter à l’ordre des choses. C’est de cet art du paradoxe et de la subversion que Bernard Marcadé nous propose.

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C’est un des paris éditoriaux de cette année 2016. Publier un maxi-livre sur René Magritte de très grand format, certes en parallèle de l’exposition  du centre Pompidou, pouvait sembler une gageure. Mais ce qu’il faut d’abord reconnaitre, c’est que ce grand format choisi fait carrément exploser les oeuvres présentées. Ensuite, c’est touche à touche que le portrait de Magritte va se préciser. Avec d’abord cette filiation avec l’énigmatique Fantômas « qui fait peur ». Mais son inspirateur fut Chirico qu’il ne rencontra jamais. Lorsque surgit, au coin de maquette, une craquante photo en noir et blanc. La belle Georgette et René. Datée 28 juin 1922. Et Magritte disant :  » Nul doute qu’un sentiment pur et puissant, l’érotisme, me gardait alors de tomber dans les recherches traditionnelles de perfections formelles. » Précisant que ce qui l’intéresse, c’est ce pari sur l’intelligence des yeux. Autre peintre qu’il admirait,  Max Ernst et qui, comme lui, était « un peintre de la poésie visible ». Avec cette recherche systématique d’un effet poétique obtenu par « la mise en scène d’objets contemporains empruntés à la réalité ». Allusion aussi aux titres choisis pour les tableaux « pour  donner aux spectateur une juste méfiance qui le pousserait à se rassurer trop facilement ». Avec, entre autres cette citation : « J’aime l’humour subversif, les taches de rousseur, les genoux et les longs cheveux, le rire des jeunes enfants en liberté, une jeune fille courant dans une rue ». Au dessus de cette phrase, c’est le tableau intitulé La colère des dieux qui a été choisi. On y voit un cheval et son jockey chevaucher une limousine et son chauffeur. Une autre citation de Magritte nous revient en mémoire. Elle dit, en substance, que Magritte ne voulait rien exprimer, qu’il cherchait des images et que seule l’image comptait pour lui. Cette expression de l’au-delà de ses idées par des images. Alors, convient-il de casser la tirelire pour se procurer cet ouvrage d’exception ? Oui, si vous le pouvez. Ce livre semble avoir signé un sacré bail de longévité.

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