Cy Twombly au centre Pompidou

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Blooming, 2001-2008. Acrylique, crayon à la cire sur 10 panneaux de bois (250 x 500 cm). Collection particulière.
© Cy Twombly Foundation, courtesy Archives Fondazione Nicola Del Roscio © Photo: Studio Silvano, Gaeta.


RETROSPECTIVE CY TWOMBLY AU CENTRE POMPIDOU
> AUTOUR DE TROIS GRANDS CYCLES

Construite autour de trois grands cycles : Nine Discourses on Commodus (1963), Fifty Days at Iliam (1978) et Coronation of Sesostris (2000), cette rétrospective retrace l’ensemble de la carrière de l’artiste à travers un parcours chronologique de 140 sculptures, dessins et photographies permettant d’appréhender toute la richesse d’un œuvre, à la fois savant et sensuel. Dans cette sélection, le visiteur peut découvrir les œuvres emblématiques de l’artiste dont beaucoup, jamais exposées en France.

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Visite de presse. Les explications du commissaire de l’exposition, Jonas Storsve.

LE PARCOURS DE L’EXPOSITION

SALLE 1 Les années 1950 témoignent de la maturité précoce de Cy Twombly, jeune peintre originaire de Lexington, dans le sud des États-Unis. À peine sorti du Black Mountain College, université libre expérimentale de Caroline du Nord, où il côtoie l’avant-garde américaine, il s’embarque, à 24 ans, pour l’Europe et l’Afrique du Nord en compagnie de Robert Rauschenberg. À son retour à New York à la fin du printemps 1953, il réalise ses premières œuvres d’envergure, dont la sonorité des titres évoque des villages et sites archéologiques marocains. Naissent ensuite les toiles blanches couvertes d’écritures. Cy Twombly n’affectionnait pas le terme « graffiti » dont la critique les affuble. Le chef-d’œuvre de la décennie est sans conteste la série de peintures blanches réalisées en 1959 à Lexington, que Leo Castelli refuse pourtant d’exposer. L’économie de moyens est poussée à l’extrême, en un mélange de peinture industrielle blanche et de mine de plomb. L’austérité du langage pictural en fait des œuvres d’exception.

SALLE 2 Au cours de l’été 1957, Cy Twombly retourne en Italie pour rendre visite à son amie Betty Stokes ; l’épouse de l’aristocrate vénitien Alvise Di Robilant vient de donner naissance à leur premier enfant. Le couple habite alors Grottaferrata, où Cy Twombly photographie Betty à plusieurs reprises. Lors de ce séjour, il réalise notamment une suite de huit dessins à la craie de couleur, dont il lui fait cadeau. L’un d’eux fut malheureusement extrait de l’ensemble qui ne compte plus actuellement que sept dessins. Leur écriture nerveuse et leurs couleurs vives en font des œuvres d’exception.

SALLE 4 Après son mariage avec l’aristocrate italienne Luisa Tatiana Franchetti, célébré à New York le 20 avril 1959, Cy Twombly s’installe à Rome, dans un palais situé via di Monserrato, quartier d’intellectuels. Le couple fait de cette demeure sa résidence principale. À cette époque, Twombly vient d’abandonner la peinture industrielle, fluide et visqueuse, au profit de la peinture à l’huile en tube, aux propriétés opposées. Entre 1960 et 1962, il réalise quelques-unes de ses peintures les plus charnelles. Empire of Flora en est un exemple éloquent. Des fragments de corps épars, féminins comme masculins, parsèment les toiles qui semblent conserver la mémoire sensuelle des chaudes nuits romaines.

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Le soir du vernissage, une invitée semble beaucoup aimer la version des Quatre saisons de Cy Twombly.

                      SALLE 5 Fin 1963, alors que John F. Kennedy est assassiné à Dallas, Cy Twombly consacre un cycle de neuf peintures à l’empereur romain Commode (161-192), décrit comme cruel et sanguinaire. L’artiste traduit le climat de violence du règne de l’héritier de Marc Aurèle, marqué par la terreur et les exécutions. Exposé à la galerie Leo Castelli à New York au printemps 1964, le cycle reçoit un accueil extrêmement défavorable de la part de la critique. Le public new-yorkais, qui s’enthousiasme alors pour le minimalisme naissant, comprend mal le génie pictural de Cy Twombly et sa capacité à transcrire sur la toile les phases psychologiques complexes qui marquèrent la vie et la mort de l’empereur romain. À l’issue de l’exposition, Cy Twombly récupère les œuvres du cycle « Commodus » qui fut vendu à un industriel italien, puis acquis en 2007 par le musée Guggenheim de Bilbao.

SALLE 6 Après avoir réalisé une série de peintures placées sous le signe d’Éros à l’aube des années 1960, Twombly se tourne dès 1962 vers Thanatos, personnification de la Mort. Ce virage trouve une expression paroxystique dans les deux premières méditations portant sur la guerre de Troie auxquelles se livre l’artiste : Achilles Mourning the Death of Patroclus et Vengeance of Achilles. Cy Twombly y donne forme à la douleur puis à la vengeance d’Achille suite à la mort de Patrocle dans cet ensemble exceptionnellement réuni pour l’exposition. Le triptyque Ilium fut, quant à lui, démembré à une date inconnue et le premier panneau rejoignit la collection Eli et Edythe Broad à Los Angeles. Au début des années 2000, Cy Twombly, pour pallier cette dispersion, réalise une nouvelle version du premier panneau afin de compléter le triptyque, alors en possession du collectionneur François Pinault.

SALLE En réaction aux nouvelles tendances minimales et conceptuelles qui émergent aux États-Unis dans les années 1960, Cy Twombly entame en 1966, à Rome, une nouvelle séquence de peintures remarquables par leur austérité, dominées par une palette réduite aux gris et noir. L’artiste y trace des formes simples ou des graphes circulaires à l’aide d’un bâton de cire blanche. Il expose l’ensemble début 1967 à Turin à la Galleria Notizie. À l’automne, son galeriste Leo Castelli présente à New York une seconde série, réalisée en janvier de la même année, dans un loft de Canal Street que le collectionneur et conservateur David Whitney met à disposition du peintre. Parmi les œuvres exposées figure Sans titre (New York City), datée de 1967 [cat. n° 75], qui fit l’objet d’un échange entre Andy Warhol et Cy Twombly. Ce dernier, en contrepartie, choisit un des Tuna Fish Disasters du chef de file du pop art.

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Vernissage de presse : l’espace dédié aux sculptures de Cy Twombly.

SALLE 11 Constituées d’éléments disparates, les sculptures de Cy Twombly peuvent être qualifiées d’« assemblages » et d’« hybridations ». Élaborées à partir d’objets trouvés (morceaux de bois, fiches électriques, cartons, fragments de métal, fleurs séchées ou artificielles), ces combinaisons de formes brutes sont unifiées par un mince revêtement de plâtre. Le blanc dont elles sont badigeonnées fait naître à leur surface de subtiles nuances, accroche la lumière et leur octroie une apparence spectrale. En ce sens, l’artiste, dans un entretien avec le critique d’art David Sylvester, soulignait : « La peinture blanche est mon marbre ». Parfois transposées en bronze dans un second temps, ces sculptures apparaissent comme autant de réminiscences de mythes, d’objets symboliques ou archéologiques, à l’instar de Winter’s Passage Luxor (Porto Ercole) (1985). « La sculpture de Cy Twombly, écrit Edmund de Waal, paraît plus archaïque qu’archaïsante, comme si l’élan qui pousse à sa réalisation était lui-même ancien. »

SALLE 12 En 1975, Cy Twombly acquiert une maison du 16e siècle à Bassano in Teverina, au nord de Rome. Après une restauration rudimentaire, il y installe son atelier d’été. Inspiré par la lecture de l’Iliade du poète Homère qu’il découvre dans la traduction anglaise qu’en donna Alexander Pope au 18e siècle, il entame en 1977 le cycle « Fifty Days at Iliam ». Il lui faut deux étés successifs pour achever les dix toiles qui composent ce cycle majeur. Au terme « Ilium » qui désigne la ville antique de Troie, Cy Twombly substitue celui d’« Iliam », dont il préfère la sonorité. À ses yeux, la lettre « A » évoque Achille, le héros grec qu’il place au cœur de deux toiles en 1962. Après avoir été exposée en 1978 à la Lone Star Foundation de New York, l’œuvre restera dix années en caisse et ne sera rendue visible qu’après son acquisition par le Philadelphia Museum of Art, en 1989. Depuis lors, elle est présentée de façon permanente dans une salle du musée dédiée à Cy Twombly. À l’occasion de cette exposition, elle est présentée pour la première fois en Europe.

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Coronation of Sesostris, 2000. Part V : Acrylique, crayon à la cire, mine de plomb sur toile206,1 x 156,5 cm. Pinault Collection © Pinault Collection / Photo Robert Mc Keever.

SALLE 15 « Coronation of Sesostris » appartient aux grands cycles de peintures qui jalonnent l’œuvre de Cy Twombly et se démarquent des séries purement abstraites par l’insertion d’éléments narratifs. À l’instar du dieu égyptien Râ qui traverse le ciel à bord de sa barque solaire du crépuscule à l’aubre, Cy Twombly ouvre le cycle par des toiles lumineuses dominées par des teintes solaires – jaune et rouge – et le clôt en noir et blanc par une évocation douce-amère d’Éros, extraite d’un poème de Sappho : « Eros tisseur de mythes, Eros doux-amer, Eros annonciateur de souffrance ». Il entremêle par fragments les références à Sésostris Ier, aux poètes antiques Sappho et Alcman ainsi qu’à la poétesse contemporaine Patricia Waters. Ce cycle, entamé par Twombly dans sa demeure italienne de Bassano, n’est achevé qu’une fois les toiles envoyées à Lexington. Les photographies de Sally Mann révèlent en effet les toiles de formats différents directement clouées aux murs du petit atelier, attestant ainsi qu’elles ne furent montées sur châssis qu’une fois achevées.

Salle 17 Pour la série Bacchus que Cy Twombly peint début 2005 dans son atelier italien de Gaète alors que sévit la guerre en Irak, il se tourne à nouveau vers l’Iliade d’Homère et revient à son écriture si caractéristique déjà expérimentée dans les « Tableaux noirs » de la fin des années 1960. Il remplace cependant le crayon de cire blanc par de la peinture rouge, évocatrice du sang ou du vin, qu’il laisse couler librement sur les immenses toiles beiges. La première série comprend huit peintures monumentales qu’il expose fin 2005 dans la galerie Larry Gagosian sur Madison Avenue à New York. Entre 2006 et 2008 il entreprend une nouvelle série de toiles autour de la figure de Bacchus, parfois sur des formats plus imposants encore. Les deux œuvres exposées ici sont issues de la première série.
PHOTOGRAPHIES
Depuis ses débuts au Black Mountain College, en Caroline du Nord, Cy Twombly n’a cessé de pratiquer la photographie. Formé auprès de la photographe américaine Hazel-Frieda Larsen, il réalise dès 1951 une série de natures mortes, capturant bouteilles et pots, qui évoquent le souvenir des œuvres du peintre italien Giorgio Morandi. Au Maroc en 1953, lors de son premier voyage outre-Atlantique, il scrute attentivement les chaises, les plis des nappes d’un restaurant de Tétouan. Mais c’est plus tard, lorsqu’il découvre le format carré du Polaroïd qu’il développe sa propre identité photographique. Reflets du goût de Cy Twombly pour le flou, les couleurs pastel ou parfois saturées et stridentes, les agrandissements tirés à sec évoquent un monde d’images contemplatif. Ces photographies rappellent les lieux où il vécut, son goût pour la sculpture, les fleurs et les végétaux. Lorsqu’un ami lui apporte cédrats, mains de Bouddha et autres fruits de la famille des citrons, il accentue leur côté sculptural et sensuel dans des séries de polaroïds. Loin des conventions photographiques de l’époque, il fait naître par l’image des « poèmes succincts et discrets ».

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Dans la toute dernière salle, archives Cy Twombly. Sous l’angle des magazines,
mais aussi sous celui des catalogues ou des cartons d’invitation.

Cy Twombly. Rétrospective. Du 30 novembre au 24 avril. Galerie 1, Centre Pompidou, Paris. De 11 h à 21 h : tous les jours
sauf le mardi. Nocturne le jeudi soir jusqu’à 23 h. Entrée : 11 €. Tél : +33 (0)3 87 15 39 39. Site Web : www.centrepompidou.fr

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Rétrospective Cy Twombly. Le catalogue. 320 pages. Prix de vente : 44,90 €.
Sous la direction de Jonas Storsve, le catalogue retrace l’étonnant parcours et l’œuvre de Cy Twombly, de ses premiers travaux marqués par les arts primitifs, le graffiti et l’écriture, jusqu’à ses dernières peintures monumentales. Des témoignages et documents inédits soulignent la personnalité hors du commun de l’artiste. Son œuvre synthétise une richesse d’expériences rare, avec de multiples pérégrinations entre pays et cultures, et des lectures incessantes. Le livre fait une part belle à l’iconographie avec plus de 300 illustrations dont certaines inédites (peintures, dessins, sculptures, photographies).Une chronologie originale vient compléter
le tout, émaillée de scènes de vie de Cy Twombly, racontées par Nicola del Roscio, approchant l’artiste, mais aussi l’homme.

 

 

 

 

 

 

 

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