Muséee du quai Branly

Muséee du quai Branly

FORETS NATALES > ARTS D’AFRIQUE EQUATORIALE ATLANTIQUE
Du 3 octobre au 21 janvier

Musée du quai Branly, 
37, quai Branly, 75007 Paris
Tous les jours sauf lundi. Entrée 10 €.
www.quaibranly.fr

Au cœur de l’Afrique équatoriale atlantique, l’aire culturelle embrassant la République gabonaise, la République de Guinée équatoriale, le Sud du Cameroun et l’Ouest de la République du Congo, est une région de grande tradition sculpturale. Le génie plastique des artistes Fang, Kota, Tsogo ou Punu s’est notamment illustré dans une sculpture religieuse liée au culte des ancêtres et aux masques d’esprit. Des arts majeurs qui, dès leur découverte au début du 20e siècle par des artistes comme Picasso, Derain ou Braque, ont été déterminants dans la constitution du regard moderne en Occident.

À travers une sélection d’œuvres emblématiques – et souvent uniques – de collections publiques et privées majeures, l’exposition propose d’en étudier les principaux styles, à la manière d’une histoire de l’art « classique ». D’explorer les correspondances, mutations et particularités de la production artistique des nombreux groupes peuplant une vaste zone formée au gré des migrations. De révéler, en somme, la créativité et l’originalité exceptionnelle des arts de chacun des peuples de la forêt équatoriale atlantique.

Vue générale de l’exposition.

Les arts d’Afrique équatoriale atlantique présentent à la fois une grande diversité et une forte identité. Leurs dynamiques sont les résultats de migrations bantoues qui se sont effectuées du nord au sud, accompagnées de retours ou de bifurcations multiples. Les groupes culturels qui peuplent cette vaste zone de la République de Guinée Équatoriale, du sud de la République du Cameroun, de la République gabonaise et de l’ouest de la République du Congo se sont formés au gré des mouvements de l’Histoire de chacun d’eux. Si le génie plastique des artistes s’est exprimé dans de nombreux domaines, créant un foisonnement d’objets, l’ensemble des statues et des masques est à lui seul significatif de cette diversité et de cette identité. Il correspond en effet à deux types de pratiques ; les statues reliées aux cultes des ancêtres et les masques qui expriment les nombreux aspects des entités spirituelles intervenant dans le fonctionnement des sociétés. L’exposition explore les correspondances et mutations des formes des arts au cœur de l’Afrique équatoriale atlantique. La présentation des œuvres s’appuie sur la collection exceptionnelle du musée du quai Branly – Jacques Chirac, l’une des plus riches dans ce domaine. Elle est complétée par des œuvres emblématiques et souvent uniques des collections publiques et privées d’Europe et d’Amérique du Nord.

Masque-heaume Fang

Les Fang, autrefois appelés Pahouins par les Français ou Pangwe par les Allemands, ont migré à travers le sud de la République du Cameroun et le nord de la République gabonaise, depuis le 17e siècle, en plusieurs vagues. Leurs migrations ont suivi un parcours en boucle, depuis la République du Cameroun orientale, en suivant les vallées et lignes de crêtes allant vers l’Ogooué, pour ensuite remonter vers le nord-ouest et la côte atlantique. Les traditions orales de ces groupes rapportent toutes un passage de rivière sur le dos d’un gros serpent et une entrée dans la grande forêt, guidée par les Pygmées, par le « trou de l’adzap », l’un des arbres géants de la forêt équatoriale. Chez les Fang, la vie spirituelle imprégnait toutes les manières de penser et de vivre. S’ils admettaient l’existence d’une divinité créatrice et d’un héros primordial, ils attendaient tout des ancêtres de leur propre famille : la chance, la fécondité des femmes, le succès à la chasse et les richesses. Les précieuses reliques familiales étaient conservées dans des boîtes d’écorces cousues et gardées par des statuettes mêlant traits d’ancêtres et corps de nouveau-né.

Masque Kwele

Les Kwele, qui s’appellent eux-mêmes Bekwil ou Bekwyel, constituent un groupe de quelques milliers de personnes, installés au 19e siècle aux confins de la République gabonaise orientale, du sud de la République du Cameroun et au nord de la République du Congo, dans la haute vallée de l’Ivindo. Les Kwele sont un peuple de la grande forêt, leurs croyances et rituels laissent ainsi une place importante aux « esprits de la forêt », les ekuk, ceux-ci étant représentés dans les cérémonies par des masques anthropozoomorphes : antilope, gorille, éléphant, etc. Les masques, de différentes formes, étaient tous liés à la société initiatique masculine du beete qui regroupait les notables et les guerriers. Les rites, organisés pour des occasions communautaires, permettaient de mobiliser les forces des ancêtres et des esprits de la forêt en vue de résoudre des situations de crise ou de favoriser la vie collective du village, essentiellement la chasse, activité préférée des Kwele. Certains de leurs objets étaient utilisés lors de danses publiques tandis que d’autres auraient été conservés en secret comme emblèmes de notabilité.

Gardien de reliquaire Kota

Les Kota ; les migrations kota se sont effectuées en plusieurs étapes depuis le 17e siècle. Les Kota auraient été poussés hors de la région de la Sangha par des mouvements de population et se seraient dirigés peu à peu vers le sud, en ordre dispersé, les uns vers la vallée de l’Ivindo, les autres vers la région de la République du Congo. Le chiffre total des Kota d’Afrique équatoriale est aujourd’hui d’environ 200 000 locuteurs, répartis par moitié en République gabonaise et en République du Congo voisine. Parmi ces peuples tous de langues bantoues, on compte d’abord 60 000 Mbede (localisés en République du Congo, province de la Cuvette) ; et 60 000 Obamba (localisés en République gabonaise, province du Haut-Ogooué ; ainsi qu’en République du Congo, région de Lékoumou et des sources de l’Ogooué).Les initiés constituaient un groupe particulier, adeptes de croyances relatives au symbolisme de la panthère. La « panthère », comme on l’appelle chez les Kota de Mékambo et Makokou, était le symbole de la force implacable de la nature. Les êtres humains qui abritaient en eux le ngoye étaient destinés à devenir des guerriers ou des sorciers, c’est-à-dire des gens pouvant tout autant être une aide pour la communauté qu’un danger ou une malédiction. Il était donc important de savoir qui en était détenteur. On remarque que beaucoup de masques heaumes des Kota sont polychromes et décorés d’un motif peint évoquant visuellement les ocelles de tons noir et ocre sur un fond clair du pelage de la panthère. Ces motifs rappellent le pouvoir potentiellement dangereux ou bénéfique des masques, comme celui des porteurs du ngoye au corps maquillé des mêmes couleurs symboliques. Le culte des ancêtres des Kota rappelle par bien des aspects celui des peuples Fang, notamment le prélèvement post-mortem de reliques sur les restes des défunts importants des lignages et la conservation des crânes et autres ossements, à des fins cérémonielles ; une coutume récurrente dans l’ensemble de la région de l’Afrique équatoriale atlantique. L’utilisation des lamelles de cuivre-laiton, souvent d’importation européenne, est la caractéristique majeure des figures de reliquaire du nord de la région, tandis que l’emploi des plaques décorées de motifs gravés s’est généralisé dans les styles et variantes de celles de la haute vallée de l’Ogooué, beaucoup plus au sud, jusqu’à l’ouest de la République du Congo. Ces objets sont remarquables d’un point de vue artistique, alliant les techniques de la sculpture sur bois au travail du métal. La figure de reliquaire Kota est originellement fixée dans le panier aux ossements et souvent par des liens. Évocation des ancêtres morts, elle est aussi et surtout le gardien des reliques. L’objet est destiné à être vu de face, dans la pénombre, le décor métallique étant régulièrement lustré au sable pour en aviver l’éclat, notamment avant chaque fête importante.

Gardien de reliquaire Mbede

Les Mbede sont des lointains parents des Kota de la République gabonaise ; ils ont quitté la République du Cameroun vers l’ouest, du 17e au 18e siècle. Cette histoire, d’abord commune puis séparée, a conduit à des formes plastiques différentes. On ne connaît que peu de sculptures mbede au regard des milliers de figures de reliquaire des Kota. La plupart de ces pièces ont une cavité dorsale aménagée dans l’épaisseur du tronc et fermée par un volet attaché par des liens végétaux. D’autres sont en elles-mêmes des boîtes-reliquaire de facture anthropomorphe stylisée, partagées en deux parties, dont le haut constitue un couvercle sculpté.Cette cavité était une cache reliquaire destinée à conserver des fragments d’ossements humains et animaux ainsi que des ingrédients magiques.

Masque Punu

Les Punu constituent aujourd’hui le principal groupe des provinces de la Ngounié et de la Nyanga. Ils peuplent une vaste étendue de forêt et de savane dans la République gabonaise et dans le sud-ouest de la République du Congo. Les membres d’un clan se définissaient comme étant les descendants d’un seul ancêtre féminin ou supposée première femme, la mukaukila. Le sud de la République gabonaise est le pays des « masques blancs » de l’okuyi. Cette danse est également connue, selon les peuples et les lieux, sous les noms d’ocuya, mukudj’, ikwara, okukwe, etc. L’archétype du masque blanc punu présente un visage de dimension « naturelle » de forme ovoïde, losangique ou triangulaire. Il est enduit de terre argileuse blanchâtre et surmonté d’une ample coiffe en cimier, toujours soigneusement façonnée et invariablement de couleur noire, constituée de coques rembourrées finement nattées, parfois flanquées de couettes tombantes. Les yeux sont toujours mi-clos, sans pupille, les paupières exorbitées. Le nez fin est de facture naturaliste, de type européen, et la bouche est projetée en avant avec des lèvres ourlées et soigneusement dessinées, teintes en rouge. Le front et les tempes sont marqués de motifs scarifiés en écailles de saurien, toujours rouge vif. Ce type de masque, si célèbre dans les arts africains, est attesté dans une zone géographique allant de Libreville au nord à Pointe-Noire au sud, de l’estuaire de la République gabonaise aux lacs du Bas-Ogooué, dans la vallée de la Ngounié et les lagunes côtières, dans le massif du Mayombe et la plaine de la Nyanga, chez les Punu, Shira, Nkomi, Lumbu et Tsengi

Vue générale de l’exposition.

 

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