ROCK ! Une histoire nantaise

ROCK ! Une histoire nantaise

Scène de C2C © David Gallard/LVAN

Des années 60 à aujourd’hui, Nantes en tant que

vivier de toute une foison de style musicaux

La scène nantaise est aujourd’hui reconnue comme une des plus riches de France. Une histoire écrite depuis six décennies. Par les pionniers des années 1960 aux Salons Mauduit. Par les Tri Yann et leurs millions de disques vendus. Celle portée par le rock social de Tequila, le métissage celto-finnois des EV, les tubes fantasques d’Elmer Food Beat ou le power rock de Dolly. Celle tracée avec élégance par Dominique A, Jeanne Cherhal et Philippe Katerine ou plus récemment par C2C ou Christine and The Queens. Une histoire politique et sociale qui s’est écrite dans les locaux de répétition, les studios, les bars et les salles, sur les radios locales ou chez les disquaires, par des activistes et artistes de l’ombre. Une exposition unique pour comprendre pourquoi Nantes Rock ! Par le prisme de la scène nantaise, et grâce à de nombreux prêts, l’exposition permet de suivre l’évolution des styles musicaux depuis les années 1960, d’écouter et de comprendre les influences et interactions entre les styles, les groupes, les artistes, etc. Comment une ville comme Nantes s’est transformée en un véritable vivier favorisant les groupes émergents qui composent la scène musicale française. Neuf grandes sections chrono-thématiques dessinent le parcours de l’exposition des années 1960 à nos jours, dans une scénographie immersive tout en musique, avec plus de 120 titres en écoute, grâce à un système auditif original de gobelets de festival. Une programmation éclectique est proposée durant toute la durée de l’exposition à Nantes. Commissariat : Laurent Charliot, auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire du rock, notamment à Nantes Chef de projet : Pierre Chotard, responsable du service des expositions temporaires au musée d’histoire de Nantes.

Le rock vit depuis ses origines une adolescence tumultueuse. Dès les années 1950, le rock’n’roll à peine proclamé est supplanté par le rock, le blues, le progressif, la pop, puis les courants hard, punk, funk, afro, new wave, alternatif, indé, etc. Chaque mouvement semblant effacer et renier le précédent. Mais si de nombreux sociologues musicaux affirment que le rock est mort le jour de l’assassinat de John Lennon, l’hégémonie du terme rock ne sera véritablement mise à mal qu’à partir des années 1990, avec l’apparition des nouvelles terminologies : chanson française, world, groove, rap, hip hop, électro, techno, world, house, jungle, etc. L’appellation semble en effet soudainement restrictive car trop occidentale et trop centrée autour de la configuration chant-guitarebasse-batterie. L’ensemble des styles musicaux précités est donc rebaptisé « musiques amplifiées » ou « musiques actuelles », des termes assez généraux pour souligner les phénomènes sociaux communs aux musiques écoutées par les jeunes des générations successives. Mais au début du 21e siècle, avec l’avènement des groupes anglais et new yorkais débutant par « The », le rock semble soudainement réhabilité et, à lire la presse spécialisée, ne s’est jamais aussi bien porté. Le terme « rock » choisi ici comme titre de cette exposition demeure vraisemblablement le plus fédérateur de ces nombreux courants musicaux si différents, et donc le meilleur témoin de six décennies d’a’attitudes marquées par ces différentes formes de musiques.

Jeanne Cherhal & C2C

 Le rock vit depuis ses origines une adolescence tumultueuse. Dès les années 1950, le rock’n’roll à peine proclamé est supplanté par le rock, le blues, le progressif, la pop, puis les courants hard, punk, funk, afro, new wave, alternatif, indé, etc. Chaque mouvement semblant effacer et renier le précédent. Mais si de nombreux sociologues musicaux affirment que le rock est mort le jour de l’assassinat de John Lennon, l’hégémonie du terme rock ne sera véritablement mise à mal qu’à partir des années 1990, avec l’apparition des nouvelles terminologies : chanson française, world, groove, rap, hip hop, électro, techno, world, house, jungle, etc. L’appellation semble en effet soudainement restrictive car trop occidentale et trop centrée autour de la configuration chant-guitarebasse-batterie. L’ensemble des styles musicaux précités est donc rebaptisé « musiques amplifiées » ou « musiques actuelles », des termes assez généraux pour souligner les phénomènes sociaux communs aux musiques écoutées par les jeunes des générations successives. Mais au début du 21e siècle, avec l’avènement des groupes anglais et new yorkais débutant par « The », le rock semble soudainement réhabilité et, à lire la presse spécialisée, ne s’est jamais aussi bien porté. Le terme « rock » choisi ici comme titre de cette exposition demeure vraisemblablement le plus fédérateur de ces nombreux courants musicaux si différents, et donc le meilleur témoin de six décennies d’a’attitudes marquées par ces différentes formes de musiques.

 1961-1965 : LES PIONNIERS DU ROCK NANTAIS. L’histoire du rock à Nantes commence un 29 avril 1962… Les Nantais aiment à se retrouver pour danser dans les salons et brasseries au son des orchestres de variétés, de musette ou de jazz. Ce soir-là, aux Salons Mauduit, a lieu le douzième Concours d’accordéons, organisé par le magasin d’instruments Simon Musique. Et pour la première fois, à la suite des accordéonistes, montent sur scène des musiciens avec des guitares amplifiées. Six groupes nantais, les Rockers, les Atomic Boys, les Rapaces, les Padgells, les Djets et Willy Spring Day, s’affrontent pour la première coupe du rock. Les Rapaces remportent l’épreuve. Petit à petit, le rock prend ses quartiers dans la ville. En 1964, Nantes accueille les Championnats nationaux de guitare électrique au cinéma Le Paris. Une dizaine de formations s’y affrontent pour décrocher une finale au Golf Drouot. Parmi elles, les Deans, les Devils, les Stormers, les Y’s et les Robots (vainqueurs de l’épreuve) représentent la Cité des ducs. Les amateurs de rock se retrouvent dès lors dans les cinémas, à l’Odéon, au Paris, au Vox et au Moderne. Le rock investit également les foires, bals et fêtes d’associations. 1966-1970 : LES ROIS DU BAL. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, à Nantes comme ailleurs, la plupart des musiciens sont amateurs ou vivent de bals, de kermesses, évoluant dans des formations bien souvent éphémères. Aucune de ces dernières n’a encore ici véritablement osé s’essayer à l’art de la composition. Les premiers groupes français sortent à peine et font figure de martiens dans le paysage national, à l’image des Variations ou de Magma. 1970-1975 : DES BALS AUX FESTIVALS. Chaque week-end, on recense plus de 35 bals dans la région nantaise. Les orchestres For Ever, Medium, Mandala, Michel Tremblay, Daniel Gardin, Pierre Joly ou Les Celtes jouissent d’une renommée nationale et ont créé l’Amicale des musiciens de bals au Café de l’Europe, place du Commerce. Les musiciens y passent le mercredi pour signer des contrats auprès des chefs d’orchestre pour le week-end. Certains, comme les Incorruptibles, Cadre Noir, Pacific 231, Podium, Climat ou Forum corsent leur répertoire avec des titres plus rock et investissent de nouveaux lieux. En 1971, alors que Tri Yann fait son premier concert salle Francine Vasse, le groupe Zig Zag se démarque avec des compos originales et la sortie l’année suivante du 45 tours My Lady Sun. De 1972 à 1974, ils sont les seuls avec Ulysse à proposer des compositions. Mais un évènement majeur va signer de manière brutale la fin des « années baluches » et pousser les musiciens à la création : l’arrivée en 1976 du disco et des sonos qui déciment un à un les orchestres de reprises. Cette année-là, le public découvre notamment les premiers pas du guitariste Philippe Ménard au sein de Carol, puis de Tequila. Une formation qui ne vivra que peu de temps mais qui signe la naissance du « rock nantais ». 
1976-1980 : CAMBOUIS ET VESTES DE CUIR. Alors que la France découvre que l’on peut conjuguer le français à la sauce rock, les premiers concerts à Nantes sont organisés dans les bars et au Cinéma de l’Atlantique (quartier Sainte-Thérèse). En 1977, l’université de Nantes et son association Le Globe organisent le festival « Les Affreux s’éclatent » à l’amphi Berliet, avec les groupes nantais Teenage Lust, Cambouis et Tequila qui font ici leur premier concert. À partir de 1978, de nouveaux cafetiers ouvrent leurs portes aux groupes locaux. C’est le cas de la péniche Le Bateau-Lavoir, ou des Petits Saints. Cette même année, un festival à Carquefou réunit aux côtés de Strychnine, Little Bob Story, Ganafoul ou Patrick Abrial, des représentants de la nouvelle scène nantaise : Tequila, Dün, L’Habit de Plume ou encore Glenn, devant plus de 12 000 personnes. L’année suivante est organisée à Saint-Herblain la fête du PS. Une nouvelle occasion pour le public de découvrir ou revoir les Nantais Tequila, Mickeynstein ou Gaby Blues Band aux côtés de Bijou et Human League. Enfin, à l’aube des années 80, un concert intitulé « Derniers cris du rock nantais », regroupant les tout nouveaux groupes que sont Mickeynstein, Premier Poil et Algue, attire 800 personnes. Petit à petit, l’histoire du rock nantais se met en place à travers une nouvelle génération d’artistes qui n’est plus issue du bal. 1980-1982 : ROCK À LA FAC. Début 1980, Le Globe organise à la fac de Lettres et à l’amphi Berliet un tremplin sur trois soirées avec Dangers, Détective, Mickeynstein, Panique, Ticket et Déviation. Le 13 février, Ticket, Mickeynstein et Dangers se confrontent à nouveau pour la finale mais des violences mettent fin à la soirée en empêchant le jury de délibérer. Si le terme « rock nantais » commence à fleurir dans la presse et semble annoncer une cohésion entre artistes, cette tradition encore très « années 60 » de faire s’affronter les groupes en « concours » contribue à entretenir un esprit de compétition. En réalité, deux clans s’affrontent : les rockeurs purs et durs comme Tequila ou Dangers, et les petits nouveaux, comme Ticket et Mickeynstein, qui ont troqué le blouson de cuir contre le costard, les cheveux longs contre la coupe courte. Pourtant, certains œuvrent pour la cohésion. Comme ce 25 avril 1980, lorsque les frères Michenaud, de Nantes Musique, organisent sur l’île Beaulieu le festival « Rock à Nantes » qui permet à Gaby Blues Band, Ticket, Mickeynstein, Détective, Dangers, Tequila et Taurus d’obtenir leur première radio nationale, la soirée étant retransmise sur France Inter dans l’émission « Loup-garou » de Blanc-Francart. En juillet 1980, le magazine Best enfonce le clou en consacrant six pages « Spécial Rock à Nantes ».
1983-1990 : ROCK AGAINST CHAUTY. En 1983, la droite de Michel Chauty reprend la mairie à la gauche. Il entreprend une terrible bataille des subventions qui lui vaut très rapidement, dans le milieu culturel, le surnom de « sécateur-maire ». Il marginalise tout d’abord la Maison de la Culture de Nantes, créée par son prédécesseur socialiste Alain Chénard et dirigée par Jean Blaise, en supprimant la subvention et poursuit en interdisant Bas ventre, la pièce du Théâtre de la Chamaille, troupe présente depuis 1972, entraînant une manifestation qui rassemble quelques 5 000 personnes dans la rue. Afin d’apporter leur soutien, des groupes nantais, les Flamingos, Ticket, Compartiment Fumeur, L’Orchidée, Zoopsie et Mickeynstein, décident d’ériger une scène de fortune le 21 mai 1983, place du Bon-Pasteur, sous la bannière « Rock against Chauty ». Longtemps sollicitée par les musiciens locaux pour une mise à disposition de salles nantaises existantes, la municipalité Chauty semble enfin plier en 1986 en investissant 2 millions de francs dans les salles Paul Fort et Boris Vian. Une fois les rénovations terminées, elle annonce que ces deux salles ne sont plus en mesure d’accueillir de concerts de rock, du fait des risques de dégradation des aménagements réalisés ! Au même moment, Jean-Marc Ayrault, député-maire de Saint-Herblain, inaugure
ANNÉES 1990 : NANTES, NOUVELLE CAPITALE DU ROCK FRANÇAIS. Si Rennes a fait largement cavalier seul dans les années 1980 avec ses Marquis de Sade, Niagara, Ubik, Sax Pustuls et autres Daho, la ville qui inspira tant Barbara place en ce début de nouvelle décennie pas mal de ses poulains au sommet de la scène française. Sans imposer sa marque sur un son particulier, la ville est le témoin privilégié d’un phénomène rassurant ; la façon dont une génération bercée de culture anglo-saxonne impose sa langue à des références assumées sans complexes. Peu de rapport en effet, de prime abord, entre les frasques d’Elmer Food Beat, la pop intimiste de Dominique A et Françoiz Breut, le « easy listening » de Philippe Katerine et les guitares brûlantes de Dolly, si ce n’est cette volonté d’user et de jouer de la langue de Molière, là où beaucoup ont auparavant échoué… ANNÉES 2000 : NANTES L’EFFERVESCENTE. En deux décennies, la Cité des ducs est devenue la ville où il fait bon vivre, un modèle du genre pour sa vie culturelle. Les grands axes de la politique municipale et le foisonnement des initiatives privées sont les principaux moteurs de cette effervescence. La scène locale affiche au début de ce nouveau siècle un réseau de salles et des petites scènes disséminées sur l’agglomération, des structures de formation, d’accompagnement et de conseil, des collectifs de créateurs multidisciplinaires et multi styles à profusion, de nombreux tourneurs ou associations, des artistes d’envergure nationale et des animations au retentissement international. Le défrichage musical affiche des signes de maturité évidents à travers des programmations audacieuses de salles privées ou publiques, des disquaires indépendants qui malgré la crise du disque persistent et des radios alternatives et activistes. 2010 À NOS JOURS : NANTES, LABEL DE QUALITÉ. La scène nantaise est bouillonnante. On y croise aussi bien des phénomènes qui s’exportent comme C2C, Madeon ou Christine and The Queens, des stars montantes de l’électro (Elephanz, Pegase), des groupes pop pleins de promesses (Pony Pony Run Run, Von Pariahs, Marquees, Al Von Stramm), des pionniers du rock expérimental (Papier Tigre, Percevalmusic) ou des producteurs électro en plein revival 80’s (Anoraak, College). Elle est devenue une scène exigeante et vit un nouvel âge d’or. Jamais artistes n’y ont été aussi nombreux et prometteurs. Pour expliquer cette vitalité, il faut se pencher sur le passé de cette scène qui peut aujourd’hui s’appuyer sur un véritable héritage. Les musiciens trouvent ici depuis longtemps une impulsion culturelle. Ici, il y a toujours eu de grands magasins d’instruments où les artistes ont créé des liens. Ici, les musiciens ont bénéficié de moyens pour se développer bien avant les autres villes. Ici, les artistes sont réunis au sein de collectifs comme Futur, qui rassemble Pegase, Lenparrot et Voyov. Ici enfin, la profusion des associations, des salles et des festivals sont autant de rendez-vous qui permettent aux jeunes artistes de se produire devant un public réputé exigeant. Nantes est donc devenu un label de qualité. Un « pass » pour les artistes nantais qui partent à la conquête des salles, programmateurs et publics.
ROCK ! Une histoire nantaise / Du 24 février au 10 novembre. DATES ET HORAIRES D’OUVERTURE. Cour et remparts en accès libre : ouverture 7 jours sur 7, de 8h30 à 19h Du 1er juillet au 31 août : 8h30 à 20h.
INTÉRIEURS DU CHÂTEAU -n MUSÉE ET EXPOSITION : 10h à 18h, fermé le lundi, ouvertures exceptionnelles les 2 et 30 avril, 7 et 21 mai et 18 et 25 juin 2018.  1er juillet – 31 août : 10h à 19h, 7 jours/7.
Dernier accès billetterie 30 min avant la fermeture. PASS CHÂTEAU : 10€ Accès illimité au musée et aux expositions, valable 1 an de date à date. Pendant Le Voyage à Nantes (30 juin-26 août),
le pass annuel du Château des ducs de Bretagne donne accès à l’ensemble des musées participant au parcours. Musée + exposition Plein tarif : 8€.  Tarif réduit : 5€. Billet valable la journée.
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