Sugimoto au Trianon

Sugimoto au Trianon

 

Né à Tokyo en 1948, Hiroshi Sugimoto part aux Etats-Unis en 1970 pour étudier la photographie. Artiste pluridisciplinaire, il travaille la photographie, la sculpture, l’installation et l’architecture. En interrogeant la nature du temps, la perception, et les origines de la conscience son art concilie les idéologies occidentales et orientales. Parmi ses séries photographiques, citons Dioramas, Theaters, Seascapes, Architecture, Portraits, Conceptual Forms, et Lightning Fields. En 2008 il conçoit le cabinet d’architecture New Material Research Laboratory et en 2009 il fonde la Odawara Art Foundation, un organisme à but non-lucratif pour la promotion de la culture et des arts de la scène japonais traditionnels. Les œuvres de Sugimoto ont été exposées dans le monde entier et figurent dans de nombreuses collections publiques et privées dont le Guggenheim, le Metropolitan Museum of Art et le Museum of Modern Art à New York ; la Smithsonian Institution à Washington; la National Gallery et la Tate Gallery à Londres; le MOMAT (Musée National d’art moderne de Tokyo et le MOT (Musée d’art contemporain de Tokyo). Hiroshi Sugimoto a reçu le prix international de la Fondation Hasselblad en 2001. Il a été distingué par le 21 e Praemium Imperiale en 2009, a reçu du gouvernement japonais la Médaille au ruban pourpre violet en 2010, s’est vu conférer le grade d’officier de l’ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français en 2013, le prix Isamu Noguchi en 2014, et a été honoré par la distinction de personnalité de mérite culturel par le gouvernement japonais en 2017.

Pour son exposition contemporaine,

le Château de Versailles a parié

sur le photographe Iroshi Sugimoto.

Voici Surface de Révolution.

Au Belvèdère, sculpture d’après formule mathématique.

Ce qu »en pensent Jean de Loisy et Alfred Pacquement, commissaires de l’exposition ; « Hiroshi Sugimoto s’est installé à Trianon comme un astronome organise son observatoire. Il en scrute les habitants ou les visiteurs comme autant de planètes en révolution autour d’un même aimant: Versailles. […] Pour l’artiste, photographe et philosophe, son miroir réfléchit quelques personnages, des hôtes de passage, pour en dire plus sur les facettes de notre propre humanité et sur l’importance de l’histoire, ses vérités, ses leurres, ses vanités… Trianon est une partie plus privée du domaine de Versailles. La discrétion recherchée là par les rois et leurs proches en fait un lieu de délassement, certes, mais aussi, malgré tout, un théâtre. De Louis XIV qui y installa la Montespan puis Madame de Maintenon à Louis XV et la Reine Marie Leczinska, puis de Madame de Pompadour à Madame du Barry jusqu’à Marie-Antoinette qui en accomplit l’esthétique, c’est pour mettre en scène cette apparente intimité que furent bâtis, par Le Vau puis Gabriel puis Mique avec souvent la complicité d’Hubert Robert, ces chefs-d’œuvre de l’architecture et du jardin. Ils furent aussi des laboratoires de l’évolution du goût, du classicisme au rococo, tout en s’ouvrant aux influences nouvelles de la Chine, de l’Orient, du jardin anglais et de l’architecture champêtre. Alors que les conservateurs, les architectes du patrimoine restaurent les murs et les formes de Versailles, Hiroshi Sugimoto fait défiler, restaure donc lui aussi à sa façon, les ombres qui ont hantés ces lieux et qui ont produit ou hérité de ce grand basculement à l’effet universel qu’a été la Révolution Française. Pour invoquer ces fantômes, il  interpelle une technique ancienne dont il ne néglige ni le caractère mortuaire ni le pouvoir magique puisqu’il en a patiemment exploré les sortilèges depuis sa visite au musée Tussaud en 1994. Il photographie depuis, systématiquement ces figures de cire de tyrans, souverains, artistes, savants, puissants d’époques diverses. […]

 

Comme un Louis XIV photographié en son temps.

Au Petit Trianon. En fait, d’après une figure de cire réalisée

10 ans avant la disparition du souverain.

 La présence dans les collections du château d’un autre chef-d’œuvre historique, photographié lui aussi pour cette exposition par Sugimoto, justifierait à lui seul la pertinence de cet intérêt pour les effigies céroplastiques. Il s’agit du portrait de cire de Louis XIV conservé au château et réalisé par moulage direct en 1705 par Antoine Benoist qui, officiellement nommé «peintre du Roi et son unique sculpteur en cire coloriée» réunit à partir de 1668, comme le fait aujourd’hui Sugimoto avec ses photographies, son Cercle Royal, ensemble de mannequins en cire grandeur nature représentant le Roi, la Reine, le Dauphin, le Frère du Roi, sa femme, et d’autres personnages de la cour. 

 

Ce n’est pas Marie Antoinette, mais l’actrice, Norma Shearer.

Au-delà de la présence de ces illustres à Versailles, les œuvres de Sugimoto questionnent à la fois notre relation à la photographie et ainsi, ce que nous sommes. Ce sont des images sans jugement. […] Mais Sugimoto ajoute des innovations dont la plus spectaculaire est l’entière transparence du volume, lui-même parfaitement géométrique, ayant pour conséquence que le public peut voir de l’extérieur le déroulement de la cérémonie. […] En une promenade dans le domaine de Trianon, le tour de force de l’artiste est deparvenir à conjuguer une narration historique sur la Révolution et ses conséquences, une analyse technique des mediums, du portrait en cire à la photographie ou au cinéma, et une analyse sur les mutations esthétiques radicales de l’art. […] Nous ne pouvions imaginer au début de la réflexion sur cette exposition à quel point des hasards objectifs viendraient ainsi confirmer l’évidence de la présence de l’œuvre d’Hiroshi Sugimoto à Versailles.

Cerise sur le gâteau, Salvador Dali,

grand admirateur du Château de Versailles.

Du 16 octobre au 26 août. Hiroshi Sugimoto / Surface de Révolution.

Petit et Grand Trianon au Château de Versailles.

 

 

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